1. Le commerce
européen représente le lien essentiel entre les producteurs et les
370 millions de consommateurs que compte l’Union Européenne.
Représentant un tiers de l’ensemble des entreprises et employant
vingt millions de personnes sur l’ensemble du territoire de l’Union
Européenne, le secteur européen du commerce produit 14% de la valeur
ajoutée en Europe. L’importance de ce secteur réside dans le
service qu’il offre aux consommteurs en leur permettant de choisir
parmi la gamme la plus étendue possible de produits et en leur
offrant le meilleur service au meilleur prix, ce qui leur permet ainsi
de tirer le meilleur profit de leur pouvoir d’achat.
2. Le commerce
constitue donc une véritable pierre angulaire du Marché Unique de l’Union
Européenne. Pour assuer ce service, le commerce européen continuera
à faire appel à une main-d’oeuvre importante. Si les conditions
nécessaires à la poursuite du développement d’un commerce de gros
et de détail viable et orienté vers les services sont réunies , un
nombre important d’emplois nouveaux pourront être créés. De cette
manière, il sera possible de compenser les pertes d’emplois liées
aux changements structurels et technologiques. En tant que secteur de
services, le commerce européen continuera cependant à considérer la
main-d’oeuvre comme un facteur majeur de production.
3. Le Livre Blanc de
1993 de la Commission européenne sur la Croissance, la
Compétitivité et l’Emploi s’était fixé pour objectif de créer
15 millions d’emplois nouveaux avant la fin du siècle. Aujourd’hui,
trois années plus tard, l’Union Européenne est loin d’avoir
réalisé cet objectif. 18 millions de citoyens des Etats membres sont
sans emploi et les prévisions en vue d’une amélioration rapide
dans le domaine de l’emploi ne sont pas optimistes.
4. La croissance
économique est un élément essentiel pour créer des emplois mais
elle n’est pas un élément suffisant pour résoudre le problème du
chômage en Europe. Le développment de la productivité lié au
progrès technologique et le manque d’investissement dans de
nouvelles sources de production au sein de l’Union comptent parmi
les causes du recul de l’emploi par rapport aux prévisions.
Certains Etats membres ont mis en oeuvre des politiques qui ont
entraîné une baisse du pouvoir d’achat des consommateurs et des
investissements du secteur public. Le taux de chômage élevé des
Etats membres a engendré un sentiment d’insécurité face à l’avenir,
ce qui a également un impact négatif sur la consommation. Dans l’ensemble,
on a constaté une croissance de la consommation inférieure aux
prévisions, voire même, dans certains cas, une baisse de la
consommation. Cette situation a eu des conséquences directes sur l’emploi
dans le secteur du commerce de gros et de détail. Pour parvenir à
une évolution favorable de l’emploi dans le secteur européen du
commerce, il faut une croissance à haute intensité d’emploi et des
politiques favorisant la reprise de la consommation, notamment des
politiques conçues pour réduire les taux d’intérêt.
5. Après avoir
enregistré une forte croissance entre 1985 et 1990, l’emploi dans
le commerce de gros et de détail européen montre à présent des
signes de déclin. Pour que le commerce de gros et de détail soit en
mesure de maintenir les niveaux d’emploi actuels et de créer de
nouveaux emplois, il faut une hausse du pouvoir d’achat suffisante
pour compenser une baisse du niveau d’emploi. Une hausse générale
de la croissance économique et du pouvoir d’achat, ainsi que des
exigences croissantes de la part des consommateus, pouraient permettre
de modifier les services actuels et de développer de nouveaux
services dans le secteur du commerce.
6. Pour promouvoir la
croissance économique et créer de nouveaux emplois dans les pays
industrialisés, et notamment préserver et créer des emplois dans le
secteur du commerce, l’Union Européenne et ses Etats membres
doivent prendre les choses en main et relancer la demande intérieure
dans tous les pays de l’OCDE. Dans le cadre de ce processus, les
projets d’investissement en matière d’infrastructure
transfrontalière proposés dans le Livre Blanc de 1993 sur la
Croissance, la Compétitivité et l’Emploi doivent être mis en
oeuvre dans le cadre du budget de l’Union Européenne.
7. La globalisation et
l’intégration régionale, ainsi que les développements
significatifs survenus dans le domaine de la technologie et des
communications, ont intensifié le processus d’internationalisation
dans le commerce. Les investissements transfrontalièrs des
détaillants et des grossistes ont un impact sur les environnements
compétitifs, les structures des entreprises, la conception des
magasins et les concepts d’exploitation, ce qui, à son tour, a une
incidence sur l’emploi. Compte tenu des différences dans les
structures actuelles du commerce du gros et de détail, les
conséquences de ce processus sur l’emploi varient d’un Etat
membre à l’autre.
8. Dans de nombeux
centres-villes d’Europe, le commerce de détail a considérablement
évolué au cours des 10 ou 20 dernières années, ce qui démontre
combien il est nécessaire de promouvoir le développement des
centres-villes. Dans le même temps, de nombreuses petites villes d’Europe
voient leurs commerces de détail disparaître peu à peu. Il est
indispensable d’évaluer l’impact de cette tendance sur le
commerce de détail actuel, sur l’environnement, sur le niveau des
services offerts ainsi que sur l’économie des municipalités.
9. Le développement de
nouvelles formes de vente utilisant les réseaux informatiques de
pointe peut également avoir un impact considérable sur l’évolution
de l’emploi. A cet égard, il serait peut-être utile qu’EuroCommerce
et Euro-FIET discutent, dans le cadre de leur dialogue social, des
questions liées à la société de l’information et, dans ce
contexte, qu’ils abordent des sujets tels que l’introduction du
téléachat, le commerce électronique, la vente assistée par
ordinateur et d’autres usages des réseaux informatiques, tout comme
le nouveau Livre Vert de la Commission intitulé "Vivre et
travailler dans la société de l’information - Priorité à la
dimension humaine" et l’impact qu’auront ces développements
sur l’emploi.
10. Après la
publication du Livre Blan de 1993 sur la Croissance, la
Compétitivité et l’Emploi, toute une série d’actions politiques
ont été proposées pour accroître la compétitivité, renforcer la
croissance économique et transformer cette croissance en un plus
grand nombre d’emplois dans les Etats membres. Le Sommet du Conseil
Européen d’Essen, en décembre 1993, a ratifié cette approche en
identifiant cinq domaines-clés où des actions devaient être
entreprises et les partenaires sociaux ont été appelés à
participer activement au processus de promotion de l’emploi.
11. Le taux de chômage
élevé et persistant en Europe démontre combien il est urgent d’entreprendre
des actions concrètes tant à l’échelle européenne que nationale
afin de sauvegarder les emplois actuels et de créer de nouvelles
possibilités d’emploi. Tout en reconnaissant que les deux
partenaires sociaux adopteront des approches différentes en matière
d’emploi, EuroCommerce et Euro-FIET soutiennent pleinment les
efforts de l’Union Européenne en vue de promouvoir l’emploi. Ils
accueillent favorablement l’initiative du Président de la
Commission européenne, présentée dans le Pacte de Confiance en
1996, afin d’engager les Etats membres et les partenaires sociaux à
entreprendre des efforts considérables afin de promouvoir l’emploi.
12. Les recommandations
d’Essen et le Pacte de Confiance, généraux quant à leur nature, s’appliquent
à tous les secteurs économiques. Les partenaires sociaux du commerce
soulignent la nécessité de tenir compte des particularités du
commerce de gros et de détail, secteurs de services orientés vers le
consommateur, dans le cadre de l’élaboration des programmes
pluriannuels en faveur de l’emploi. Pour parvenir aux effets
escomptés sur l’emploi, il faut accorder une attention
particulière aux secteurs économiques présentant le plus grand
potentiel de création d’emplois, et donc en particulier aux
secteurs de services dont fait partie le commerce et la distribution.
13. On prévoit que la
croissance de l’emploi en Europe sera particulièrement visible dans
les petites et moyennes entreprises. Les entreprises du commerce
emploient en moyenne 4,5 personnes. Si on assiste à une croissance
significative de l’emploi en Europe, elle devra se produire en
grande partie dans le secteur des services, et donc notamment dans le
commerce, qui compte un nombre particulièrement élevé de petites et
moyennes entreprises.
14. Tout comme de
nombreux autres secteurs de services, le commerce offre de nombreux
types de possibilités d’emploi différents. Dans la majorité des
pays d’Europe, on constate, dans le secteur du commerce, une
augmentation du pourcentage d’emplois à temps partiel par rapport
au nombre total d’emplois. Cette évolution peut déboucher sur des
possibilités d’emploi très favorables, en particulier dans les
pays où de plus en plus de personnes cherchent à entrer sur le
marché du travail. Néanmoins, il est tout aussi important que le
commerce puisse continuer à offrir suffisamment d’emplois à temps
plein.
15. Bien conscients du
fait que différentes entreprises adopteront différentes stratégies
à l’avenir également, les parteniares sociaux européens du
commerce estiment qu’il faut accorder une attention plus soutenue
aux programmes de formtaion professionnnelle spécialement conçus
pour les métiers du commerce. Ces programmes sont en effet essentiels
pour permettre aux entreprises du commerce de préserver une
alternative orientée ves les services et donc favorisant l’emploi.
Il est également important de prévoir des possibilités de formation
professionnelle continue pour les employés qui travaillent déjà
dans le secteur du commerce. En effet, un grand nombe d’entre eux
sont des femmes ou des personnes ayant suivi un enseignement général
limité et n’ayant reçu aucune formation professionnnelle
spécifique pour le commerce, sans oublier les travailleurs qualifiés
et les travailleurs ayant un dégré d’instruction élevé.
16. EuroCommerce et
Euro-FIET reconnaissent que la création d’emplois représente l’un
des enjeux majeurs pour le commerce et la distribution. Etant donné
que ce secteur continuera à jouer un rôle majeur sur le plan des
possibilités d’emplois, il est essentiel que le commerce soit
suffisamment et intégralement pris en compte dans les politiques et
les décisions de l’Union Européenne en matière d’emploi. A
cette fin, les partenaires sociaux du commerce souhaitent être
consultés sur toutes les initiatives européennes liées à l’emploi.
17. Les parteniares
sociaux du commerce s’engagent à travailler en collaboration avec
la Commission et les gouvernements des Etats membres afin de
promouvoir l’emploi dans le commerce de détail et de gros. Les
partenaires sociaux insistent sur l’importance et l’utilité de
leur dialogue social dans le cadre de la promotion du dialogue, de la
coopération et de la compréhension entre les employeurs, les
travailleurs et leurs organisations. Ces éléments sont en effet
essentiels pour garantir un développement stable du commerce de gros
et de détail en Europe, capable de préserver et de promouvoir l’emploi
et la viabilité des entreprises, raison pour laquelle ils demandent
à la Commission européenne de continuer à soutenir activement ce
dialogue social.
18. Aujourd’hui, le
dialogue social européen établi entre Euro-FIET et EuroCommerce met
de plus en plus l’accent sur l’emploi. En mars 1995, ces deux
partenaires sociaux ont établi un groupe de travail spécifique sur l’emploi.
Depuis lors, une étude de grande ampleur a été lancée sur la
création d’emplois, avec le soutien de la Commission. Ce groupe de
travail a également organisé une série de consultations avec la
Commission concernant l’élaboration d’un Livre Vert sur le
commerce et la distribution.
19. Les partenaires
sociaux du commerce soutiennent la recommandation d’Essen sur la
promotion de la formation initiale et professionnelle. Cette
recommandation doit également s’appliquer au secteur du commerce.
Les partenaires sociaux du commerce ont d’ailleurs déjà demandé
qu’une plus grande attention soit accordée à la formation
professionnnelle dans le commerce en 1988, lorsqu’ils ont adopté un
Mémorandum commun sur la formation dans le commerce de détail
européen. EuroCommerce et Euro-FIET attirent l’attention sur ce
Mémorandum et sur les efforts ultérieurs entrepris par les
partenaires sociaux afin de promouvoir les programmes de formation
initiale et professionnnelle dans les emplois commerciaux en Europe.
20. Un enseignement
général universel et une formation générale sont des conditions
indispensables pour parvenir à une situation d’emploi stable dans
le commerce et pour permettre le développement des qualifications.
Dans la plupart des pays européens, on a accordé trop peu d’attention
aux possibilités de formation initiale et professionnelle conçue
pour les jeunes qui se destinent à des métiers dans le secteur du
commerce de gros et de détail. Dans de nombreux cas, cette situation
a entraîné un manque de main-d’oeuvre qualifiée, obligeant les
entreprises du commerce à appliquer des politiques d’entreprise
moins axées sur la main-d’oeuvre qualifiée disponible.
21. Les travailleurs
occupant déjà un poste dans le secteur du commerce doivent eux aussi
pouvoir suivre des formation afin d’entretenir et d’améliorer
leurs qualifications professionnelles et de conserver leur emploi et
leur employabilité. De nombreux travailleurs commerciaux ont
uniquement suivi un enseignement général de type court et n’ont
bien souvent reçu aucune formation professionnelle spécifique au
commerce. Par conséquent, la formation professionnelelle propre aux
métiers du commerce devrait être l’un des points-clés des mesures
de promotion de l’emploi conçues en particulier pour les groupes à
risques sur le marché du travail européen.
22. Selon les
prévisions, une part croissante des demandes des consommateurs
continuera à concerner les services. Dès lors, le développement de
la part de services que comportent les fonctions du commerce et de la
distribution deviendra un élément très important du point de vue de
l’emploi. Des conclusions dans ce sens peuvent déjà être tirées
de certaines expériences, notamment concernant les services privés
et publics proposés par les commerces de détail dans les zones
rurales. EuroCommerce et Euro-FIET reconnaissent qu’il est
nécessaire d’analyser de façon plus approfondie l’impact de l’évolution
des nouveaux services du commerce de détail et de gros sur l’emploi
et espèrent que leur projet de echerche commun permettra de
présenter des exemples de mesures ayant déjà été prises à cet
égard.
23. Les partenaires
sociaux européens du commerce soulignent que le dialogue peut
constituer un instrument important leur permettant de promouvoir l’emploi
dans le commerce de détail et de gros. Les partenaires sociaux
devraient être bien placés pour que le commerce de détail et de
gros européen demeurent un secteur efficace qui continuera à
répondre avec satisfaction à l’évolution des besoins et des
attentes des consommateurs tout en offrant des emplois sûrs et de
grande qualité à un grand nombre d’Européens.
24. La Commission
européenne a annoncé la publication, avant la fin de 1996, d’un
Livre Vert sur le commerce et la distribution, qui traitera des
perspectives de développement du commerce de détail et de gros dans
l’Union Européenne. Ce rapport n’ayant pas encore été mis à la
disposition des partenaires sociaux du commerce, EuroCommerce et
Euro-FIET estiment qu’il n’est pas possible de présenter des
propositions de mesures concrètes et précises qui permettraient de
promouvoir un développement favorable de l’emploi dans le cadre de
l’évolution du commerce de gros et de détail europééen.
EuroCommerce et Euro-FIET estiment néanmoins qu’il est important d’engager
un large débat sur l’impact de l’évolution du commerce européen
sur l’emploi lorsque ce Livre Vert aura été publié. Pour initier
ce débat, EuroCommerce et Euro-FIET suggèrent que la Commission
européenne, ainsi que les partenaires sociaux européens du commerce,
dans le cadre de leur dialogue social, organisent une grande
conférence en 1997 afin de permettre aux partenaires sociaux, au sein
de l’Union Européenne et de ses Etats membres, d’engager le
processus d’identification des mesures à prendre pour protéger et
promouvoir l’emploi dans le commerce de gros et de détail en
Europe.
25. Reconnaissant que
les partenaires sociaux auront des points de vue différents quant aux
mesures à mettre en oeuvre pour promouvoir un développement
favorable de l’emploi dans le commerce, EuroCommerce et Euro-FIET
souhaitent attirer l’attention sur les sujets suivants qui, selon
eux, pourraient être pris en considération dans le cadre de cet
objectif:
|
- mettre en oeuvre et soutenir
des projets urbains de régénérations des centres-villes
européens afin de créer des zones vivable et compétitives
pour les achats, les loisirs et les activités culturelles,
offrant des services de haute qualité grâce à des
activités nécessitant une main-d’oeuvre importante et
facilement accessible en transport public et privé;
- créer et prévoir des
possibilités, dans les centres-villes et les zones urbaines
résidentielles, pour les entreprises du commerce de détail
orientées vers les services;
- prévoir différents types de
services publics et privés, notamment des services postaux et
sociaux assurés par des commerces de détail, dans les zones
où, seuls, les services du commerce ne sont pas viables;
- attirer davantage l’attention
sur la formation initiale et professionnelle conçue
expressément pour répondre aux besoins spécifiques du
commerce car de tels programmes sont indispensables pour
assuer un développement du secteur orienté vers les services
et donc promoteur de l’emploi. |